Bénin Slam Awards : Le slam béninois sera célébré dignement

Bénin Slam Awards : Le slam béninois sera célébré dignement

Une première cérémonie de récompenses veut distinguer les artistes, les œuvres et les initiatives qui font vivre le slam au Bénin. Elle prévoit aussi de rendre hommage à celles et ceux qui ont participé à son émergence. Derrière les trophées, c’est une scène entière qui commence à annoncer sa volonté d’élargir sa portée.

Une scène artistique grandit lorsqu’en plus de produire, elle commence aussi à se structurer, se reconnaître, s’affirmer, se raconter et conserver sa mémoire. C’est dans cette étape que s’inscrivent les Benin Slam Awards, initiative portée par Ezéchiel Akomowo alias Satyre La Rime Plate.

Pour leur première édition, les Benin Slam Awards proposent de réunir différentes générations et différentes expressions du slam béninois autour d’un même rendez-vous. Onze catégories sont annoncées, allant du Meilleur album slam au Meilleur événement slam, en passant par le clip, le livre, le single, les distinctions de slameur et slameuse, les révélations masculine et féminine ou encore l’ambassadeur·drice du slam.

Le choix de ces catégories raconte déjà que le slam béninois dépasse désormais l’idée qu’on s’en fait : un genre limité à un texte déclamé accapela ou au moment où à une compétition déclamatoire dans un cercle restreint.


DU TEXTE À UN ÉCOSYSTÈME

Environ deux décennies après son implantation au Bénin, le slam s’est progressivement éloigné de l’image d’une pratique essentiellement liée aux compétitions et aux scènes ouvertes.

Des artistes ont construit des carrières, des textes sont devenus des chansons, des performances ont rencontré la musique, des livres ont prolongé la parole scénique, des événements ont créé des espaces de rencontre. Le genre s’est également nourri de collaborations et d’hybridations avec d’autres disciplines. Les couleurs urbaines s’y entendent d’ailleurs de plus en plus.

Cette transformation est importante parce qu’elle change la perception qu’on peut se faire du slam et les questions qu’on peut se poser à son propos. Au-delà de qui sait le mieux dire un texte, dorénavant il s’agira de savoir quelles œuvres sont produites, quels artistes construisent des trajectoires, quels événements font vivre des communautés et quelles figures contribuent à donner une visibilité au mouvement.

Les Benin Slam Awards prennent acte de cette diversification. En distinguant plusieurs maillons de la chaîne, ils proposent en quelque sorte une cartographie de la scène actuelle.


LES LEGENDES VIVANTES SONT HONORES

Une discipline qui veut grandir doit aussi savoir d’où elle vient. C’est l’une des dimensions les plus intéressantes de cette première édition : les Bénin Slam Awards prévoient également des figures d’honneur, afin de distinguer des personnalités ayant contribué à l’histoire du slam béninois.

Parmi elles, Yolande Sego, présentée par les organisateurs comme « la mère des Slameuses » et comme la première femme à avoir pratiqué le slam au Bénin. Sergent Markus, présenté comme « le soldat immortel du Slam », est également mis à l’honneur. À leurs côtés, Kamal Radji, présenté comme « l’éveilleur de conscience », est distingué pour sa contribution à la visibilité du slam auprès d’un public plus large.

Ce choix est cohérent parce que dans les scènes artistiques émergentes, la mémoire circule souvent par les témoignages, les souvenirs, les archives personnelles et la transmission orale. Certains parcours finissent ainsi par disparaître des récits officiels au fur et à mesure que de nouvelles générations apparaissent. Faire une place aux prédécesseurs revient donc à rappeler que la visibilité actuelle du slam possède une histoire.


POURQUOI FAUT-IL SOUTENIR ?

Pour le slam béninois, l’intérêt de cette initiative est de valoriser la reconnaissance individuelle des artistes. Elle contribue aussi à mieux structurer, documenter les œuvres existantes, à rendre visibles les parcours et les perspectives du genre, à encourager la professionnalisation et à construire progressivement une mémoire commune. En appuyant une telle démarche, c’est tout un écosystème que l’on consolide, toute une dynamique nouvelle qui peut s’instaurer et une véritable économie du slam qui peut se mettre en place.

Le slam a longtemps eu besoin de prouver qu’il avait sa place. Avec les Benin Slam Awards, une autre étape se dessine : commencer à décider de la manière dont cette place sera racontée.


(C) Djamile Mama Gao.

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